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Comprendre

La lordose lombaire : à quoi ça sert et pourquoi il faut arrêter de vouloir l'effacer

17 septembre 20266 min de lecture

« Vous avez trop de lordose. » « Vous devez effacer la lordose. » « Cambrez-vous pour soulager. » Si tu as déjà eu mal au dos, tu as probablement entendu plusieurs versions contradictoires de conseils sur cette courbure du bas de ton dos. Le résultat : un patient perdu, qui ne sait plus comment positionner son corps. Recadrons.

Qu'est-ce que la lordose lombaire ?

La lordose lombaire est une courbure physiologique de la colonne, c'est-à-dire normale, présente chez tout être humain debout. Elle se forme entre 12 et 18 mois, à mesure que l'enfant apprend à marcher.

Elle s'oppose géométriquement à la cyphose dorsale (courbure inverse au niveau du thorax) et à la cyphose sacrée. Ensemble, ces courbures donnent à la colonne sa forme en double-S, qui est essentielle à sa fonction.

À quoi sert la lordose ?

Plusieurs fonctions interconnectées :

  • Distribuer les contraintes axiales : sans courbure, toute la charge passerait verticalement à travers les disques. La lordose permet une répartition plus distribuée
  • Pré-tendre les muscles paravertébraux : leur efficacité dépend de leur état de tension de base, conditionné par la position du rachis
  • Aligner les charges sur le centre de gravité : la courbure adapte la position des étages les uns par rapport aux autres pour rester équilibré
  • Permettre l'amortissement à la marche : la courbure se modifie subtilement à chaque pas, dissipant les chocs
  • Servir de référentiel proprioceptif : ton système nerveux utilise cette courbure comme repère pour s'orienter dans l'espace

La grande variabilité individuelle

Voici un point important : il n'y a pas de « bonne » valeur de lordose dans l'absolu. Les mesures angulaires varient selon plusieurs facteurs :

  • • L'inclinaison du bassin (paramètre très individuel)
  • • L'âge
  • • L'activité physique
  • • La morphologie générale
  • • L'historique éventuel de blessures

Une lordose de 30° peut être parfaitement adaptée à une personne. Une lordose de 60° peut l'être tout autant pour une autre. Le critère n'est jamais le chiffre isolé.

Le vrai critère : la mobilité

Le critère qui compte cliniquement, c'est la capacité de la lordose à s'adapter aux différentes sollicitations. Une lordose saine :

  • • S'accentue légèrement quand tu prends une charge
  • • S'efface quand tu te penches en avant
  • • Se modifie à chaque mouvement de la hanche
  • • Se réduit en position assise basse, s'accentue debout

Cette adaptabilité est un signe de bonne santé fonctionnelle.

Les profils problématiques

Plusieurs situations posent réellement question :

L'hyperlordose statique

Le bassin est en antéversion permanente, la lordose est marquée et figée. Souvent associée à un raccourcissement du psoas, une faiblesse des abdominaux profonds, une faiblesse des fessiers, des paravertébraux contracturés en permanence. Cette configuration peut entretenir des contraintes facettaires postérieures.

La délordose protectrice

À l'inverse, certains patients perdent leur lordose après un épisode douloureux. Le bassin se met en rétroversion, la colonne devient raide et droite. Cette stratégie protectrice s'installe et peut persister bien après la disparition de la douleur. Conséquences : perte de l'amortissement naturel, surcharge des disques antérieurs, schémas de mouvement protégés et raides, difficulté à sortir de la phase de protection.

La lordose figée

Le scénario le plus problématique cliniquement : une lordose qui ne bouge plus. Quel que soit son angle, elle n'évolue plus selon les mouvements. Le rachis devient un bloc qui ne participe plus au mouvement global.

Que faire concrètement ?

L'objectif d'une rééducation moderne n'est pas d'imposer une « bonne » lordose. C'est de :

  • • Restaurer la mobilité de la courbure dans toutes les directions
  • • Renforcer les stabilisateurs profonds qui permettent le contrôle dynamique
  • • Travailler la dissociation lombo-pelvienne : pouvoir bouger le bassin sans entraîner toute la colonne
  • • Étirer ce qui doit l'être : psoas, ischio-jambiers, paravertébraux selon le profil
  • • Renforcer les fessiers, qui contrôlent la position du bassin et donc la lordose
  • • Lever les peurs du mouvement qui peuvent fixer le rachis en délordose protectrice

Et les conseils ergonomiques classiques ?

Le réflexe « rentre le ventre, efface la lordose, gaine » qu'on entend partout n'est pas anodin :

  • • Pour un patient en hyperlordose statique : peut soulager temporairement
  • • Pour un patient déjà délordosé : enferme dans la rigidité protectrice
  • • Pour un patient sain : crée de la tension là où il n'y en avait pas

L'individualisation prime toujours sur le slogan général.

Ton kiné est le mieux placé pour évaluer

L'évaluation de ta lordose et de sa mobilité demande un examen clinique. Ce n'est pas quelque chose que tu peux juger seul devant un miroir. Pendant que tu attends ton rendez-vous, un programme général de mobilité et de stabilisation reste utile, à condition qu'il soit progressif et adapté.

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Avertissement. Cet article a une visée informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. L'évaluation morphologique et fonctionnelle de ta colonne nécessite un examen clinique.